S'entendre sur un socle epistémologique

Le but de ce texte est de poser quelques bases d'épistémologie pour que vous naviguiez dans mon travail. Quand on est hors des circuits canoniques, le pret-à-porter épistémologique ne suffit plus.

À savoir que l'épistémologie est pas définition non prouvée, elle n'est pas scientifique. Elle donne un cadre pour pratiquer la science, où il existe des notions de probabilités de preuves, Mais là encore on tombe sur des concepts, des modèles mentaux, qui font partie intégrante du cadre. Par conséquent, ce cadre ne saurait être totalement auto référent. Il l'est un minimum, car bien entendu la réflexion philosophique peut être nourrie jusqu'à un certain point par la science.

Du coup, toutes les réflexions classiques de la forme "Il faut être validé par les pairs" ne reposent pas sur des preuves, mais sur des "On a toujours fait comme ça". Parce que demander qu'un travail repose sur une validation des pairs, alors que ceux-ci refusent de lire votre travail, on tombe un peu sur un paradoxe. Ce serait dire : ton travail n'est pas pertinent parce que tu n'as pas les diplomes. Sauf qu'en épistémologie, il y a un terme consacré : le biais d'autorité.

Dire qu'on ne veut pas perdre de temps, avec un travail probablement non pertinent, ce n'est pas dire : c'est évident que ça ne marche pas parce que tu ne suis pas les bonnes pratiques. Autant je suis d'accord avec la première phrase, autant je ne suis pas d'accord avec la seconde. Et tout cela, nous ramène à un biais important pour ce texte : la charge de la preuve.

La charge de la preuve

On aurait tendance à dire que la charge de la preuve me revient en priorité. Mais la réalité, c'est que ce n'est pas si simple. Vu que beaucoup de pratiques ne relèvent pas de principes rigoureux, et parfois relèvent de la pure superstition (je ne suis pas le premier à dire qu'il y a des biais problématique en science. Beaucoup d'épistémologues le savent.), le principe de la charge de la preuve doit être utilisé avec discernement. La charge de la preuve revient à la personne qui annonce quelque chose d'extraordinaire. Sauf que les scientifiques, en se croyant au dessus de l'épistémologie clament justement des choses extraordinaires. Et d'autant plus extraordinaires qu'elles sont réfutés par différentes disciplines. Alors qu'il n'y a rien d'extraordinaire à clamer ce que je clame. Ou si par extraordinaire, vous entendez que ça vous parait pas croyable, ce n'est en aucun cas scientifique comme propos. Pour savoir si ce que je dis est extraordinaire ou pas, la seule chose possible à faire, c'est déjà de lire mes recherches.

Si je dis que l'eau est une substance qui a les propriétés de communiquer avec les animaux, cela est extraordinaire parce que cela contrevient à tous les modèles et théories sur la compréhension de l'eau et que c'est irréfutable.

Alors que dans mon cas, c'est réfutable. Et je ne viens pas contredire des générations de travail scientifique, je m'y inscris, mais par un chemin différent. Si l'on confond le folklore académique avec ce qui la rend pertinente, on a pas fini de débattre. Il faut bien distinguer les deux pour pouvoir se forger des opinions pertinentes dans cette discussion. Et si votre rapport aux pratiques scientifique est une forme de foi incontestable, on en revient à la problématique du propos irréfutable.

Le bais de statu quo

On arrive à un second point important : le problème de réfuter une hypothèse sans proposer d'alternative au moins temporaire et meilleure. Ce n'est pas parce qu'une croyance est plus vieille que ça la rend plus pertinente. Ne pas réussir à prouver quelque chose ne doit pas nous amener à rester cloué au statu quo. Si le statu quo est meilleur, pourquoi pas. Mais si ce n'est pas le cas, on devrait pouvoir agir en partant de l'hypothèse alternative.

Prenons par exemple, une personne dont on n'a pas pu prouver si elle était autiste ou non. Lui dire, on n'a pas de preuves donc on va faire comme si vous n'étiez pas autiste, c'est problématique. Voire le plus souvent, c'est même plus direct : non, vous n'êtes pas autiste. Et donc, dans ces cas-là, on ne propose rien. Pas de reconnaissance, pas de suivi, pas de propositions pour aider la personne à mieux vivre. Et c'est très vicieux, parce que ça amène à considérer qu'une erreur sur un autre diagnostic est moins gênante. Parce que ce sont des diagnostics plus connus, plus acceptés. C'est un double standard.

L'inconfort

C'est toujours plus facile de rester dans sa zone d'expertise. Alors que réfléchir à l'épistémologie, sans être expert du sujet, ça devient inconfortable. Sauf qu'il faut rester cohérent. Vous ne pouvez pas défendre le statu quo des pratiques épistémologiques, alors qu'en réalité, vous êtes en dehors de votre zone de confort pour en parler. Votre parole n'est pas d'or parce que vous êtes touché par la grâce scientifique. Au contraire, la science demande du courage. Le courage d'assumer qu'on a tort, indépendamment du fait de savoir si ça ternit notre réputation, ou si ça égratigne notre égo.

Et du coup, il devient logique de s'entendre sur une épistémologie, a minima, pour espérer s'entendre. Un travail d'artisan ne peut pas réclamer les mêmes contraintes qu'un travail industriel. Et à partir de là, vous pouvez décider de rester à l'affût de mes recherches et de vous intéresser. Et si ce n'est pas le cas, dites simplement que vous n'avez la motivation et le temps, n'utilisez pas votre statut social à un endroit où il n'a aucune légitimité.